De la douleur naît les grandes révélations. Cela est ma croyance et ma conviction. Loin d'être manichéen je me suis toujours posé la question de savoir ce qui motive mes patients qui, malgré les douleurs ressenties lors de mes séances, revenaient? Masochisme pur et simple? Après 6 ans de pratique quotidienne, le mystère pour moi reste entier. Seul quelques pistes viennent éclairer ce côté obscur d'une réalité physique difficile à supporter et à endurer. Je fais souvent l'analogie à une seringue qui traverse la peau. Si l'aiguille reste au niveau de l'épiderme et du derme, la douleur est ressentie. Au delà, comme en acupuncture d'ailleurs, la douleur ne se fait plus sentir.

La douleur casse notre ego et orgueil lorsque ressentie en soi et non à l'extérieur de soi. A l'extérieur de soi, l'ego se renforce dans une logique réactive donc répulsive. Au cours de mes séances, les douleurs les plus fortes sont vécues lorsque le corps refuse de lâcher prise. Le corps bloque, le mental bloque. Quand, par la fatigue et l'abandon de toute résistance mentale, le patient finit par se laisser aller, la douleur s'atténue pour disparaître complètement.

L'espace ainsi découvert en-deça du seuil de (sa) propre douleur révèle à l'individu tout un espace intérieur généralement méconnu ou oublié, occulté depuis de nombreuses années ou suite à un choc violent physique et donc émotif. La rétention en surface des traces du passé ressemble à des strates de sédimentation géologique que je redécouvre comme un archéologue. Je retrace ainsi l'histoire de l'être qui confirme/infirme cette (re)découverte de lui-même à des instants très précis du temps. On peut alors comprendre que ressurgissent des mémoires qui auront été enterrées comme des déchets radio-actifs dont on aurait oublié la localisation.

La douleur fait partie intégrante de notre vie et l'ignorer peut nous mener à nous voiler la face, nous cacher la réalité factuelle des liens de causalité auxquels nous sommes tous confrontés dans nos actions. L'état de mieux-être ne peut être ressenti sans la connaissance de son opposé, le mal-être. De même qu'être heureux implique d'avoir été un jour malheureux. Comment sait-on que nous sommes en bonne santé? Parceque nous avons étémalade un jour. Cette dualité est justement exprimée par le concept du Yin et du Yang où l'impermanence est traduite par un mouvement perpétuel, une rotation dans le sens solaire que nous devrions apprendre à réguler.

La douleur est impermanence tout comme les autres aspects de la vie. Retenir, se retenir, imposer sa volonté, user excessivement de son libre-arbitre, bloque inévitablement le mouvement naturel des cycles (solaire, lunaire, circadien) et rythmes qui nous gouvernent.

La douleur est passagère. A nous de prévenir et minimiser son impact et son influence par une écoute sensible de soi.